Le rappeur Rohff a été condamné jeudi à 5 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Créteil pour détention et transport d'arme, ainsi que menace avec arme à l'encontre de son frère cadet, Jalloud, 28 ans.
Au départ, une banale affaire de famille lundi sur le parking d'un Quick en banlieue parisienne. Rohff a deux frères, rappeurs comme lui. Le petit dernier, Ikbal, avec qui il s'entend bien, commence à se faire un nom. Le second veut aussi se lancer mais refuse l'aide de son aîné. Il s'est même bagarré avec lui dans un studio, et prétend «être son souffre-douleur» tout en se rapprochant de ses rivaux qui l'insultent à longueur de disques. Les rumeurs dont se délecte la scène rap vont jusqu'à dire que le cadet serait utilisé «par ses ennemis» pour enregistrer un album contre lui.
Giron familial. Devant le tribunal, Rohff raconte que ce lundi, il voulait raisonner son cadet, le prendre par les sentiments, répondre à la demande de leur mère de ramener le fils prodigue dans le giron familial. «Je ne l'ai pas vu depuis un an. Il fait le fou quand je l'ai au téléphone», dit la mère à la barre, fondant en larmes, et déclenchant celles de Rohff. Les uns interpellent la juge, Ikbal voudrait empêcher les journalistes d'entrer et puis quitte lui-même la salle d'audience.
Ce lundi soir, une rencontre entre les deux frères est organisée par un intermédiaire surnommé «Chaudard» dans le fast-food de Villejuif. Rohff s'y rend, armé. Suite à des menaces de mort, dit-il, au tribunal, il a acheté un .357 Magnum qu'il détient illégalement depuis un mois :« Mais pourquoi ne pas avoir appelé la police ?» demande la juge. «Mais madame, si quelqu'un veut m'allumer [lui tirer dessus, ndlr] à un feu rouge, elle ne pourra jamais être là dans la seconde.» Logique de rappeur : deux artistes américains, Tupac Shakur et Notorious Big, ont été tués de cette manière à Los Angeles, en 1996 et 1997.
L'avocat du rappeur se tient la tête dans les mains d'un air désespéré, Jalloud se recroqueville sur sa chaise, la présidente répète : «Mais quand même, on n'est pas dans le Chicago des années noires.» Peut-être pas Chicago, mais dans les coulisses d'une scène rap parisienne, qui depuis ses débuts est émaillée de règlements de comptes, de paranoïa, de rumeurs, d'insultes, de coups tordus et de tentatives de déstabiliser ceux qui réussissent.
Rohff dit avoir eu peur lundi soir que son frère soit accompagné de ses fameux ennemis, et aurait, une fois rassuré, rangé son arme. Son frère aurait, dit-il, mal interprété son geste : «Jamais je n'ai voulu menacer ou tuer mon frère, au contraire, je veux le protéger.»
Le tribunal a donc retenu la version de Jalloud Mkouboi, malgré les arguments de l'avocat de la défense : «Quel est finalement le contentieux entre les deux frères ? Jalloud ne le dit pas lui-même. Des mains courantes ont été déposées suite à des menaces. Pourquoi la police n'a-t-elle pas donné suite ?»
source: libération
Interrogé par l'AFP à l'issue de l'audience, Me Pierre Hakli, l'avocat du rappeur, a indiqué qu'il n'avait pas encore pris sa décision sur un éventuel appel.
La condamnation est conforme aux réquisitions du parquet, qui a demandé également la confiscation de l'arme. De plus, le rappeur devra verser 1 euro de dommages et intérêts à son frère.
"Il a sorti l'arme de son pantalon de manière rapide et déterminée", a témoigné la victime à la barre.
Rohff et trois autres personnes étaient interpellées à bord d'une Mercedes noire sur la commune de Villejuif. Les policiers ont trouvé dissimulé sous le siège un pistolet 357 Magnum de marque Taurus et deux boites de 75 cartouches rangées dans le coffre.
"Mon frère prétend être mon ennemi. Des gens essaient peut-être de le manipuler", a expliqué Rohff. "Il est naïf", a-t-il poursuivi en pleurant.
L'audience devant la 12e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance s'est déroulée dans un climat tendu,. Le second frère du rappeur, qui a témoigné en faveur de Rohff, est sorti en protestant à l'énoncé du réquisitoire.
Rohff a été condamné en 2005 à 4 ans d'emprisonnement, dont 3 avec sursis et mise à l'épreuve pendant 2 ans, pour des violences à la sortie d'une boîte de nuit à Ivry-sur-Seine, trois ans plus tôt. Et surtout samedi dernier, il participait à une bagarre, porte de Vincennes, dont a été victime Mc Jean Gab'1, ex-braqueur et rappeur depuis qu'il a insulté tous les artistes français dans J't'emmerde en 2003.